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La règle des 4 % en France : ce qui change vraiment
La règle des 4 %, qui consiste à retirer chaque année 4 % de son capital initial et à considérer ce rythme durable pendant 30 ans, vient d'études américaines qui ne modélisent ni la fiscalité française, ni la pension obligatoire, ni un horizon de retraite anticipée. Elle donne un ordre de grandeur du capital à viser. La décision de partir demande une projection année par année.
1. D'où vient la règle
La règle vient des travaux de William Bengen (1994) puis de la « Trinity Study » (1998) : sur les données historiques américaines, un portefeuille 50 à 75 % actions aurait survécu à 30 ans de retraits dans la quasi-totalité des fenêtres historiques avec un taux de retrait initial de 4 %, indexé ensuite sur l'inflation.
Trois hypothèses de construction sont donc embarquées dans le chiffre « 4 % » :
- des rendements et une inflation américains du XXᵉ siècle ;
- un horizon de 30 ans, celui d'une retraite à 65 ans, pas d'un départ à 45 ans ;
- aucune fiscalité : les études raisonnent en dollars bruts, avant impôt sur les retraits.
2. Ce qui change en France
2.1 La fiscalité s'applique au retrait
En France, le montant retiré du portefeuille et le montant que vous pouvez dépenser diffèrent : les gains financiers sont par défaut soumis au prélèvement forfaitaire unique, dont le taux est de 31,4 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux après la hausse de la CSG ; le taux était de 30 % jusqu'en 2025), avec des régimes plus favorables selon l'enveloppe (PEA après 5 ans, assurance-vie après 8 ans, abattements). Seule la part de gain d'un retrait est taxée, pas le capital retiré : le taux d'imposition effectif dépend donc de l'historique du portefeuille. Les règles et millésimes exacts appliqués par HorizonB sont publiés dans la méthodologie fiscalité.
Exemple : pour disposer de 30 000 € nets par an depuis un compte-titres dont la moitié de la valeur est du gain latent, avec un PFU de 31,4 % :
À 4 % de taux de retrait, viser 30 000 € nets ne demande pas 750 000 € mais environ 890 000 € dans cette situation, soit près de 19 % de plus.
2.2 La pension obligatoire change la forme du besoin
Un salarié français accumule des droits CNAV et AGIRC-ARRCO qui verseront une pension à l'âge légal (méthodologie retraite). Pour un départ anticipé, le portefeuille n'a donc pas à financer un niveau de vie constant à perpétuité. Le besoin de retrait est élevé pendant le pont jusqu'à la pension, puis se réduit à un complément. Une règle à taux constant ne sait pas représenter cette forme. Le moteur HorizonB chiffre l'effet de la pension, pour 90 % de réussite jusqu'à 95 ans. La grille par âge d'arrêt le montre à la ligne 50 ans, reprise par la page arrêter de travailler à 50 ans : une pension qui couvre les trois quarts des dépenses ramène le capital requis de 50,5 à 29 fois les dépenses annuelles. La règle des 4 % en annonce 25. Dans cette grille, elle ne surestime le besoin que dans deux cas, tous deux avec une pension couvrant 75 % des dépenses : un arrêt à 55 ans (23 fois) et un arrêt à 60 ans (17 fois). Avec une pension couvrant la moitié des dépenses, un arrêt à 60 ans demande environ 25 fois, le niveau de la règle.
2.3 L'horizon FIRE dépasse les 30 ans étudiés
Un départ à 45 ans expose le portefeuille 45 à 50 ans. Sur ces horizons, les études historiques montrent que le taux « sûr » descend en dessous de 4 % : Bengen trouve 3,5 % sur 45 ans, Pfau 3,3 % sur 40 ans, et Jeske retient 3,5 % ou moins sur 60 ans avec 75 à 100 % d'actions. Le taux baisse parce qu'une mauvaise séquence de rendements en début de retraite a plus d'années pour faire des dégâts. Le chiffre unique masque ce risque de séquence : deux retraités avec le même rendement moyen peuvent connaître des sorts opposés selon l'ordre des bonnes et mauvaises années.
2.4 Les dépenses réelles ne sont pas plates non plus
Les données de consommation montrent que les dépenses évoluent avec l'âge plutôt qu'elles ne suivent uniformément l'inflation (méthodologie dépenses après 65 ans). Une règle indexée uniquement sur l'inflation projette un besoin qui ne ressemble pas aux dépenses observées.
3. Comment raisonner à la place d'un taux unique
Le taux de retrait reste un ordre de grandeur de départ utile : diviser son besoin annuel net par 3 à 4 % donne la fourchette du capital cible en une minute. Mais la décision de partir se teste sur une trajectoire complète :
- reconstituer le besoin net année par année (pont avant pension, complément après, forme des dépenses) ;
- convertir le net en brut selon les enveloppes réellement détenues, leur fiscalité et l'ordre dans lequel on les vide. Cet ordre dépend notamment de la plus-value du compte-titres et de la part du patrimoine qu'on compte transmettre (ordre des retraits entre PEA, assurance-vie et PER, section 6) ;
- confronter cette trajectoire à de nombreux scénarios de marché plutôt qu'à un rendement moyen, pour mesurer un taux de réussite du plan (méthodologie Monte Carlo).
HorizonB fait ce calcul, et la règle des 4 % y sert de vérification de cohérence. Les capitaux cibles chiffrés par âge d'arrêt, part de pension et taux de réussite sont publiés page quel capital pour arrêter de travailler à 45, 50 ou 55 ans. La première projection est gratuite et sans compte.
4. Reproduire ces chiffres
Les multiples de la section 2.2 viennent de la grille à 90 % de réussite publiée page
quel capital pour arrêter de travailler à 45, 50 ou 55 ans,
section 3. Cette grille a été générée le 8 octobre 2026 par le script
scripts/proto-capital-cible-article.mjs, avec la graine 20260720 et 2 000 trajectoires par
évaluation. Le protocole complet et ses hypothèses sont décrits dans cette page et dans la page
arrêter de travailler à 50 ans.
5. Sources
| Source | Apport principal |
|---|---|
| Bengen, 1994, Determining Withdrawal Rates Using Historical Data, Journal of Financial Planning | Article fondateur : 4 % initial indexé sur l'inflation, durable 30 ans sur les données historiques américaines. |
| Cooley, Hubbard et Walz, 1998, Retirement Savings: Choosing a Withdrawal Rate That Is Sustainable, AAII Journal | « Trinity Study » : taux de succès par taux de retrait, composition de portefeuille et horizon (1926-1995). |
| Pfau, 2010, An International Perspective on Safe Withdrawal Rates: The Demise of the 4 Percent Rule?, Journal of Financial Planning | Sur 109 ans et 17 pays développés, le 4 % ne tient pas hors des conditions exceptionnellement favorables des États-Unis au XXᵉ siècle. |
| Kitces, 2012, Adjusting Safe Withdrawal Rates To The Retiree's Time Horizon, Nerd's Eye View | Synthèse par horizon : 3,5 % sur 45 ans selon Bengen (1996), 3,3 % sur 40 ans à 95 % de confiance selon Pfau (2012). |
| Jeske (Early Retirement Now), 2016, The Ultimate Guide to Safe Withdrawal Rates, Part 1 | Horizons de 30 à 60 ans sur les données américaines 1871-2016 : avec 75 à 100 % d'actions, seul un taux de 3,5 % ou moins garde une forte probabilité de succès sur 60 ans. |
| economie.gouv.fr, Comment fonctionne le prélèvement forfaitaire unique ? | Fonctionnement du PFU sur les revenus du capital. |
| Service-Public, Évolution du taux du prélèvement forfaitaire unique | Taux porté à 31,4 % au 1ᵉʳ janvier 2026 (hausse de la CSG à 18,6 % de prélèvements sociaux). |
Liens vérifiés le 17 juillet 2026.
6. Limites
- Les études citées reposent sur des données historiques ; rien ne garantit que les rendements futurs leur ressemblent.
- Les paramètres fiscaux évoluent ; les millésimes utilisés par le simulateur sont indiqués dans les pages méthodologie correspondantes.
- Ce guide est pédagogique : il ne constitue ni un conseil financier personnalisé, ni une recommandation de taux de retrait.
Correction ou audit
Cette page expose la lecture que fait HorizonB de la règle des 4 % dans le contexte français. Pour proposer une correction, indiquez la section concernée, l'affirmation ou la formule actuelle, la version proposée, la source, et si possible un exemple chiffré reproductible.